mercredi 2 juin 2010

Le monument Michel Servet à Paris

Un peu d'histoire autour de ce monument érigé en 1908 situé Square de l'Aspirant Dunnant à Paris face à la mairie du XIVème arrondissement et au contexte plutôt surprenant.

Confiée « à la garde du peuple », comme on peut le lire sur son socle, la statue est l'initiative non d'un comité de libre penseurs ou de protestants repentants mais du catholique Henri Rochefort, républicain d'origine aristocratique (de son vrai nom Henri de Rochefort-Luçay), journaliste polémiste et homme politique (membre du Gouvernement de la Défense nationale à la chute du Second Empire) qui s'est illustré lors de la Commune de Paris mais qui se rapprocha progressivement du boulangisme et de l'extrême droite. Il fut notamment du camp des anti-dreyfusards, un changement radical chez celui qui fut tant l'ami de Victor Hugo.

Pourquoi donc un catholique nationaliste souhaita-t-il ériger une statue en l'honneur d'un homme qui inspira la libre pensée et qui, condamné pour hérésie, finit brûlé en effigie par le clergé ?
Souvenons-nous que ce sont les protestants qui ont brulé Servet pour de vrai, alors qu'il était finalement l'un des leurs.
L'image fratricide était idéal pour lancer un message aux protestants d'Alsace et de Lorraine qu'il accusait d'avoir soutenu l'Allemagne en 1870 et d'avoir ainsi fait perdre les deux régions à la France.
Qui plus est le radicalisme de Servet qui ne renonça pas à ses idées au risque d'y laisser sa propre vie pouvait servir de message de propagande aux nationalistes qui rêvaient de revanche.

Son sculpteur Jean Baffier, d'origine berrichonne, était lui aussi catholique. C'était un homme connu pour ses idées réactionnaires, voir anti-sémites et fut un fervent défenseur du régionalisme. D'ailleurs il créa en 1888 dans le même arrondissement parisien la « Société des Gâs du Berry et aultres lieux du Centre ». Il écrivit pour le Journal du Cher, la Dépêche du Berry et fonda même son propre journal en 1886 Le Réveil de la Gaule.

La ville de Bourges a conservé deux croquis d'étude pour le monument à Servet que l'on peut voir en photo ci-contre. Les dessins sont exposés au musée du Berry.
On y retrouve la statue en elle-même mais également une copie de la célèbre gravure de Christopher Sichem datant de 1607 qui devait apparemment servir de modèle pour le monument.
Cette étude représente Servet la main droite le long du corps et la gauche sur le cœur. Finalement Baffier le sculpta les deux mains croisées en haut de la poitrine et portant des chaines comme sur le second croquis.

Un monument qui pourrait prêter à controverse mais dont on ne retiendra que la présence de l'homme Servet, le martyr devenu symbole de liberté, et non la récupération qu'ont cherché à en faire des acteurs de l'intolérance aux cœurs chargés de haine. Pour preuve Chrétiens unitariens et libres penseurs se recueillent auprès du monument depuis plusieurs années...

Liens :

Croquis n°1 sur le site Joconde


Croquis n°2sur le site Joconde


http://prolib.net/pierre_bailleux/unit/cu060.servet_paris.htm


http://actua.unitariennes.over-blog.com/article-29622675.html


2 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour,
Je vous informe que Victor Henri de Rochefort Luçay n'a jamais été marquis bien que d'une famille aristocratique. Il serait bon de supprimer cette mention. A moins que vous n'ayez les preuves du titre en question.
Je suis de cette famille par mon arrière arrière grand mère soeur de Menri. Cordialement. Marc.
marc.etivant@gmail.com

liberte.de.croyance@free.fr a dit…

Merci pour cette information.
Je vais supprimer le titre de marquis.
N'hésitez pas à me contacter si vous avez d'autres infos.
Cordialement,
Fabien