mercredi 30 avril 2008

La Théologie Germanique

J’ai voulu publier sur ce blog cette préface qui n’a rien à voir avec la défense de la liberté de conscience pour une simple raison.
Nombreux sont les admirateurs de ce remarquable humaniste que fut Sébastien Castellion.
Son œuvre a été souvent réédité sur des initiatives scientifiques par des historiens de la religion ou personnelles par des croyants libéraux mais demeure quasi inconnu dans les milieux possédant une profession de foi.
Pourtant derrière l’humaniste et le libre-penseur se dissimule à peine le croyant empreint de piété.
Le « libre » Castellion était un chrétien convaincu de la véracité de la Bible et un théologien digne d’un Erasme ou d’une tout autre pointure parmi les écrivains religieux du 16ème siècle.
Castellion publia des dialogues basés sur l’Ecriture Sainte à l’usage des étudiants en latin, traduisit l’intégralité de la Bible en latin et en français (même le Cantique de Salomon sur lequel il avait émis des doutes quand à sa canonicité à cause de son caractère « sensuel ») et, entre autres, des œuvres de piété médiévales tels que l’Imitation de Jésus-Christ ou la Théologie Germanique.
Ses doutes entourant le Cantique des Cantiques sont une preuve supplémentaire que l’homme pieu prenait facilement le dessus sur le libre penseur.
Car il n’émit pas ces doutes par esprit critique mais par parce qu’il considérait l’œuvre comme salissant l’Ecriture par son contenu et qu'elle avait, selon lui, été introduite dans le canon par erreur, Salomon l’ayant écrit lorsqu’il était devenu idolâtre.

Comme toutes les grandes choses Castellion n’appartient à personne en particulier.
Il fait parti du patrimoine et de la conscience de l’humanité.
Il est porteur du message de toutes les bonnes volontés, quelles soient réunies autour d’une théologie libérale ou d’une profession de foi…

La Théologie Germanique, œuvre d’un prêtre-garde des Chevaliers de l’Ordre Teutonique de la seconde moitié du 14ème siècle, fut publiée en latin en 1557 et traduite en français en 1558 par Sébastien Castellion.

Le volume « chapitres choisis » publiés chez Enschedé en zonen à Haarlem (Pays-Bas) en 1950 offre la préface de Castellion, la traduction française de la Theologia Deutsch que Pierre Poiret, français réfugié en Hollande, avait réalisée en 1676 et 1700 ainsi qu’une postface du célèbre castellioniste Marius Valkhoff, professeur de philologie romane à l’université du Witwatersand de Johannesburg et rééditeur de l’œuvre.


PREFACE A LA THEOLOGIE GERMANIQUE

1558

Aux LECTEURS, SALUT.

J'ai trouvé ce petit Traité tant a mon gout qu'il ma semblé bon de le tourner en notre langue. Car combien que le discours soit assez bref, pourtant est-il tant copieux qu'on le pourrait facilement comparer à quelque petit verger si bien troussé et planté qu'on n'y put trouver aucun frêne, tilleul, ou platane, ou quelque autre espèce d'arbre; même de ceux qui ne servent que pour le plaisir de l'homme et non point pour porter aucun fruit: mais est rempli et garni de toutes sortes d'arbres fructueux. Aussi n'en faut-il point moins estimer de ce présent Traité, lequel n’est point pour chatouiller l'esprit des lecteurs de quelque langage friant, doux et plaisant, et comme fardé de petites Heurs; mais ne nous monstre autre chose que bons et profitables préceptes, fort nécessaires et convenables à l'institution d'un homme chrétien. Mais parce que la brièveté de celui-ci le rend un peu plus obscur et difficile, je conseillerais à un chacun de ne le lire pas seulement une fois et en passant par dessus. Encore veux-je dire un point, c'est que celui qui aura vouloir de le lire pour savoir, et non pour mettre en exécution ce qui est contenu en celui-ci, le lira en vain. Car c'est comme nous voyons par expérience de ceux qui se veulent adonner au labourage de la terre, auxquels est nécessaire de mettre la main a la charrue. Quant à la translation, vous devez entendre que je n’ai voulu ajouter ou diminuer aucune chose à l'intention de l'auteur; tellement qu'en le tournant je n'ay peu moins éviter l'obscurité que le même auteur en le composant. Au moyen de quoi je conseille derechef a un chacun de le lire souvent et soigneusement: en ce faisant ceste diligence lui servira de Commentaire. Et si, en le lisant, on trouve quelques manières de parler qui sembleront possible étranges du commencement, on connaitra finalement que nécessité ma contraint à ce faire.
L intitulation du livre était la Théologie Germanique, et n'est faite mention de l’Auteur, sinon en quelque petite Préface, où il est dit que c'était un de ceux qu'on appelait anciennement les Frères Teutoniques, lesquels nous appelions maintenant en France les Chevaliers de Rhodes ou de Malte, étant pour lors Prêtre et gardien en la Religion des Teutoniques a Francfort. L'argument et sujet est du nouvel homme ou nouvelle créature, car il vient à donner la raison par laquelle l'homme peut être relevé du péché et retourner à Dieu, duquel il s'est distrait. En quoi nous voyons que ce ne peut être sinon une vraie et sainte Théologie. La raison est telle que l'homme étant tombé par suivre son propre vouloir, s'il se veut a la fin redresser et retourner en son premier état, il faut nécessairement qu'il délaisse entièrement son propre vouloir et suivre celui de Dieu, vu que les remèdes des choses sont toujours par leur contraire; j’omet que le vouloir de l'homme est contraire a celui de Dieu. Au moyen de quoi il est impossible (comme nous lisons) de servir à deux Maitres contraires l'un a l'autre. Mais tout ainsi que l’homme se peut bien aveugler et donner la mort de sois même, mais non pas qu'il se puisse après illuminer et rendre la vie, — aussi notre premier père Adam, en suivant sa propre volonté, a eu le pouvoir de se détruire et mettre a perdition avec toute sa postérité; mais de se sauver et racheter de telle ruine, il ne le pouvait aucunement faire, ne aucun semblable a lui. Tellement que pour le salut des humains il a été nécessaire qu'il y eut quelqu’un lequel, étant exempt de péché, pût racheter les autres de péché et enseigner le chemin de vie. Celui-là est JESUS Christ, fils de Dieu vivant, auquel toute puissance a été donnée tant au ciel qu'en la terre, lequel non seulement nous monstre cette voie de salut, mais, qui plus est, donne la force et le pouvoir a l'homme de cheminer en celle-ci, moyennant la Foi. J'entends la Foi, non pas celle qui est morte, laquelle ne se doit point appeler non plus Foi que l'homme doit être appelé Homme quand il est mort. Mais j'entends cette Foy vive par œuvres et effets, c'est à savoir tels que les décrit très bien saint Pierre, quand il dit: 'Mes frères, ayez tout votre soin en cela, acquérant en votre Foi vertu, en vertu science, en science modération, en modération patience, en patience piété, en piété amour fraternel, en amour fraternel charité. Car si vous avez ces choses, et vous abondent, elles ne vous laisseront point oiseux, ne labourant en vain en la connaissance de notre Seigneur Jésus Christ. Mais celui qui n’a point ces choses, est aveugle et tâtant la voie avec la main, ayant oublié qu'il est purgé de ses vieux péchez. Pourquoi, mes frères, mettez peine de confirmer votre vocation et élection, car en ce faisant vous ne tomberez jamais.' Voilà que dit S. Pierre, en parlant de la vraie et vive Foi, laquelle est non seulement cause que l'homme détient rémission de ses péchez par le mérite de Christ, mais fait que tout ainsi que autrefois il avait donné ses membres pour faire injustice en péchant, au contraire pour l'avenir il les puisse faire Ministres de justice en bien faisant. Or, parce que saint Pierre décrit en ce lieu une certaine échelle pour parvenir a salut, je l'ay bien voulu expliquer par le menu, afin que plus facilement nous puissions connaitre par combien de degré il nous faut monter, et pour admonester qu'on ne se doit point arrêter au premier degré, estimant avoir déjà atteint le souverain but de salut, duquel il est encore éloigné de beaucoup de degrés. Il faut donc premièrement entendre (suivant l'avis de S. Pierre) que Foy engendre vertu, c'est à savoir une force et puissance pour faire ce que nous croyons devoir être fait. Et pour en donner un exemple: Christ nous a expressément commandé d'aimer nos ennemis et de faire bien a ceux qui nous offensent. En cela, on en trouve qui ne croient aucunement que cela se puisse faire, tellement qu'ils ont en haine leurs ennemis et leur font mal; les autres croient que cela se peut faire, ce qu'ils font. C’est pourquoi, prends un peu garde à toutes les sectes et à tous les hommes de ce monde, et tu trouveras que ceux qui croient que cela se peut faire se mettent en devoir de le faire, et que Christ (duquel ils ont reçu cette Foy) leur donne aussi la force et le courage d'accomplir ses commandements; car il n'a point été dit sans cause qu'il n'est rien impossible à celui qui croit fermement. Autant en peut-on dire universellement de tous les autres commandements de Christ, suivant ce qu'il disait coutumièrement: 'Te soit fait tout ainsi que tu as cru, tellement que cela est dit universellement. Autant que l'homme a de Foy, autant a-t-il de vertu. Au surplus, ceste vertu engendre science; car la vraie science consiste en expérience, afin que celui qui a eu la puissance de faire quelque chose, sache finalement pour certain quelle se pou voit faire. Ce qu'il ne savait pas par avant qu'il le crut, comme nous en voyons très bien l'exemple de Josué et Caleb, et autres enfants d'Israël, qui, ayans surmonté les Cananéens, connurent alors véritablement avoir eu la puissance de les surmonter. Mais ceux qui n'avaient pu croire que cela se put faire, n'eurent pas la puissance de les surmonter, et pourtant ne crurent-ils-pas que cela s'était pu faire. Aussi ceux qui pour aujourd'hui ne peuvent croire que la puissance de Christ soit telle qu’elle puisse froisser la teste du serpent sous nos pieds, ne peuvent résister au péché. Pourtant ne savent-ils pas qu'il se puisse faire, et pour cette causent ils le nient. Mais ceux qui le croient, le peuvent moyennant ceste Foy, ce que finalement ils savent pour certain avoir peu faire, et pourtant l'afferment. Davantage, science produit modération, à cause que l'homme étant confirmé par ceste science chemine vers le but, espérant avoir telle issue aux autres degrés, tellement qu'il s'abstient de toutes concupiscences et voluptés charnelles, qui combattent incessamment contre l'esprit, craignant que par empêchement de celles-ci la victoire ne lui soit ravie. Or, tout ainsi que les Chaldéens persécutaient et tourmentaient le Pays de la Judée, quand elle leur était rebelle, vu que son bon gré autres fois elle leur avait porté hommage (ce qui se fait aussi coutumièrement en toutes rebellions de sujets), — ainsi se fait en nous. Car les concupiscences et voluptés, auxquelles ci-devant nous avons obéi de notre propre vouloir, quand nous venons à batailler contre elles par modération, alors nous tourmentent et donnent autant de douleur et fâcherie, comme nous les avions autrefois aimées; tellement que pour résister constamment à telle douleur, nous avons besoin d'une grande patience. Mais pour autant que nous savons bien que pour résister a telles mauvaises convoitises et affections, et endurer les injures, ceste douleur qu’il faut porter, excède nos forces, alors d'un bon courage nous invoquons, avec David, le Seigneur, que son plaisir soit de fortifier nos mains à telle guerre, et nous instruire et conduire en icelle, en nous donnant la force de pouvoir vaincre l'ennemi; et telle invocation et fiance1) s'appelle Piété. Puis ayans par cette piété impétré quelque bénéfice de Dieu, incontinent pour tels bienfaits, nous le venons aimer, tâchant de lui en rendre grâces, vu que naturellement nous aimons celui qui par amitié nous a fait quelque bien. Mais parce que nous ne lui pouvons rendre la pareille, à cause qu’il na que faire de nos biens, vu que tout est à lui, incontinent nous employons c’est amour envers ceux qu’il aime et qu’il nous recommande incessamment, c’est à savoir les gens de bien; tellement que d'un amour entier nous les secourons. Or, d'autant que c’est amour que nous portons à Dieu et a nos frères pour les bienfaits que nous recevons de lui, est imparfait, parce qu’il est conjoint avec l'amour de nous mêmes, c'est à savoir de notre profit particulier, pourtant ne laisse il pas de croitre toujours, jusques à ce qu'il ait atteint sa perfection; tout ainsi que nous voyons naturellement es plantes, animaux et finalement en toutes autres choses qui ne cessent de croitre, jusqu'à leur perfection. Aussi, en notre endroit, nous venons jusques la que nous aimons Dieu, non pas de ce qu'il est bon envers nous, mais parce qu'il est bon de par soi. Tout ainsi que naturellement nous aimons les choses qui de soi sont belles, seulement parce qu'elles sont belles, combien que nous n'en tirions aucun profit. Or est-il que la beauté de Dieu est la même bonté pour laquelle seule nous le devons aimer; et non point sous espérance d'en recevoir aucune récompense, ni pour crainte de punition. C'est cette charité que saint Pierre appelle le parfait amour de Dieu; il pourra bien être assuré d'être parvenu au bout de son chemin et accroissement. Car il n'y a rien plus parfait ne plus excellent que l'amour de Dieu, vu que c'est le même amour. C’est pourquoi j'ose bien dire que celui qui sera venu jusques à cet amour, aura incontinent perdu tout ce qu'il se peut attribuer de soi, aimant un seul Dieu comme le souverain bien et toutes choses que Dieu aime, c'est a savoir tout ce qui se peut imaginer hormis le péché, vu que Dieu aime toutes choses hors le péché. C'est donc le principal sujet de ce petit traité, l'Amour de Dieu, où il nous est monstre le chemin pour l’obtenir. Bienheureux est donc celui qui a déjà atteint ce but (si aucun toutefois y est déjà parvenu) ou bien celui qui est par chemin et qui constamment tache d'y parvenir. Car il faut estimer que s'il advient, en ceste bonne délibération, qu’il soit surpris de la mort, ne l'ayant point encor atteint, assurément il mourra comme bon soldat de Christ, qui le reconnaitra envers son Père; tout ainsi que par la Loi une fille étant déjà fiancée a son époux, sera toujours estimée sa femme et épouse, nonobstant que les noces ne soient faites.

SEBASTIEN CASTELLION

samedi 19 avril 2008

Conseil à la France désolée

Dix ans avant le massacre de la Saint Barthélémy survenu le 24 août 1572, Sébastien Castellion avait averti la France du danger qu’elle courait à ne pas chercher de remède à la guerre intestine qui la ruinait depuis le début de la réforme. Son conseil était simple : n’usez pas de la force dans le but de forcer les consciences. Il s’adressait tant aux catholiques qu’aux réformés car il était devenu évident que le problème national relevait autant de la mauvaise foi des premiers comme des seconds attendu que l’intolérance avait gagnée les deux camps. Les protestants s’étaient engagés dans une lutte pour le pouvoir et la monarchie semblait incapable de tolérer qu’une autre religion que celle qu’elle soutenait puisse exister.
C’est dans ce contexte que Castellion écrit son « Conseil à la France désolée ».

Partout où j’ai jugé utile de le faire, j’ai corrigé l’orthographe de 1562 afin de faciliter la lecture du texte. J’ai également remplacé quelques mots propres au vocabulaire de ce siècle par leurs équivalences modernes dans le même but, néanmoins le style de rédaction a été conservé.

Bonne lecture… la suite arrive bientôt…


Sébastien Castellion

Conseil
à la
France désolée

Auquel est montré la cause de la guerre présente et le remède qui y pourrait être mis et principalement est avisé si l’on doit forcer les consciences

L’AN 1562



La Maladie de France


Qu’une fiole du courroux de Dieu soit maintenant versée et répandu sur ta tête, ô désolée France, il est si manifeste, et te touche de si près, que pour te le faire croire, il n’est plus besoin de tenir de long propos. Car attendu que Dieu soit accoutumé de battre de guerre, de peste ou de famine ou des deux ou de tous trois ensemble, ceux contre lesquels il se courrouce, tu vois et sens qu’il te frappe pour le moins de l’un, à savoir de guerre (je me tais des autres deux, qui ne sont pas loin de tes épaules), voir d’une guerre si horrible et détestable que je ne sais si depuis que le monde est monde, combien qu’à peine est-il été jamais sans guerre, il n’y en eut jamais une pire. Car ce ne sont pas des étrangers qui te guerroient, comme bien autrefois a été fait, lorsque par dehors étant affligée, pour le moins tu avais par dedans en l’amour et l’accord de tes enfants quelque consolation. Mais ce sont tes propres enfants qui te désolent et t’affligent et le font en s’entre-chamaillant dans ton ventre, comme se faisait en Rebecca, mais en s’entre-meurtrissant et s’étranglant sans aucune miséricorde les uns les autres à belles épées toutes nues et pistolets et hallebardes, dans ton giron.

Tu entends bien, ô jadis florissante et maintenant tempêtée France, ce que je dis. Tu sens bien les coups et plaies que tu reçois, pendant que tes enfants s’entretuent si cruellement ; tu vois bien que tes villes et villages, voir tes chemins et champs, sont couverts de corps morts, tes rivières en rougissent, et l’air en est puant et infect. Bref, en toi il n’y a ni paix ni repos, ni jour ni nuit, et on n’y entend que plaintes et hélas de toutes parts, sans y pouvoir trouver lieu qui soit sûr et sans frayeur et meurtre, crainte et épouvante. Voilà ton mal, ô France, voilà la maladie qui, sans répit ne relâche, jour et nuit te tourmente.

Chercher remède

Maintenant il faut regarder s’il y a au monde conseil et remède pour te guérir, à laquelle chose de ma part j’ai mainte fois pensé et longtemps été en doute si je m’y devais employer, voyant la difficulté qui a moi se présentait ; non pas quand à donner conseil bon et certain (car cela, Dieu merci, si je ne m’abuse si lourdement, m’est assez facile), mais quand à le persuader à ceux sans le consentement desquels je ne vois pas comment il se puisse exécuter. Et, de fait, je me fusse pour le moment abstenu de cette entreprise, n’eut été la grandeur de ton mal, qui est si grand, et qui va de jour en tour tellement en empirant, que mieux vaut à vaut à toutes aventures se hasarder, et pour le moins faire mon devoir, que de te regarder périr si misérablement. Car qui sait si le Seigneur par ce moyen te voudrait secourir ? Ou si généralement ceci ne profite, il pourra servir à quelqu’un en particulier. Quant une maison brûle, chacun y court ; que si on ne la peut toute sauver, pour le moins on en retire quelque pièce, ce qui vaut mieux que rien. Ainsi en peut être de ceci : si chacun ne s’amende, peut-être que quelqu’un s’amendera, et en cela je n’aurai pas du tout perdu ma peine.

Quoi qu’il en soit, je me veux mettre en devoir de te donner conseil. Dieu fasse que ce soit à sa louange, et à ton profit, car je sais bien que s’il n’y met la main, c’est à moi et à tout homme peine perdue. Donc pour te trouver remède, il faut faire les bons médecins qui, pour guérir une maladie, cherchent toujours la cause, puis y appliquent remèdes contraires, suivant la règle générale, qui est que les maladies se guérissent par leur contraire. Semblablement, en ceci il faut regarder ce qui est la cause de ta maladie, puis y appliquer remèdes contraires. Autrement, tout ce qu’on y fera ne feront que beaux emplâtres qui, couvrant la plaie par dehors, par dedans la nourriront plutôt qu’ils ne la guériront.
La cause de ta maladie

Je trouve que la principale et efficiente cause de ta maladie, c’est-à-dire de la sédition et guerre qui te tourmente, est contrainte de conscience, et je pense que si tu y penses bien, tu trouveras assurément qu’il en est ainsi. Car pourtant comme on a longtemps forcé et voulu forcer les consciences des Evangéliques (protestants, Ndlr), ils firent premièrement l’Entreprise d’Amboise (la Conjuration d’Amboise, Ndlr), en laquelle ils découvrirent leur vouloir et intention, et par cela agacèrent fort l’adverse partie, et se rendirent fort suspects.
Depuis sont survenues divers entrefaites, nommément l’Edit de janvier, par lequel était arrêté par les Etats (généraux, Ndlr) que les Evangéliques feraient leurs prêches hors des villes et que l’on ne leur ferait nul déplaisir. Mais de cet édit ne se contenta ni l’une ni l’autre des parties, et principalement les Catholiques, lesquels firent tant au massacre de Vassy, et autres, que soit sédition, soit guerre mortelle, s’en est suivie. J’entends bien quelques Evangéliques vous disant qu’ils n’ont pas pris les armes pour la religion, mais pour faire maintenir ledit édit. Mais qu’on se couvre tant qu’on voudra, puisque l’édit même était fait à cause de la religion et que la tuerie de Vassy (à cause de laquelle les Evangéliques se sont levés) fut faite à cause de la religion et que depuis s’en sont ensuivies captures et saccages d’églises et destructions d’images, il vaut sans aucune couverture confesser la vérité, c’est que, combien d’autres choses s’y mêlent, néanmoins la principale cause de cette guerre est vouloir maintenir la religion. Et de fait, si l’Edit de janvier eut été fait sur une matière non concernant la religion, je crois bien que les Evangéliques (et eux-mêmes, je le crois, me le confesseront bien) n’eussent été si prompts et diligents à faire une émeute si grande et dangereuse. Je me tais qu’eux-mêmes en leur association faite à Orléans donnent assez à entendre qu’ils guerroient pour la religion, vu que des trois causes pour lesquelles ils se disent prendre les armes, la première est l’honneur de Dieu. Pourtant faut-il conclure que la cause de cette guerre est contrainte de conscience.

Faux remèdes

Or, le remède que tes enfants, ô France, cherchent, c’est premièrement de se guerroyer, tuer, meurtrir les uns les autres et, qui pis est, d’aller quérir des nations étrangères argent et gens, afin de mieux résister, ou pour mieux dire, afin de mieux se venger de leurs frères. Secondement, de forcer les consciences les uns des autres.

Voilà les remèdes que tes enfants, ô pauvre France, cherchent à ta maladie, lesquels tant s’en faut que ce soient vrai remèdes, que c’est justement tout au contraire, car ce sont les droits moyens d’entièrement te gâter et détruire, tant corporellement que spirituellement. Car quand au premier, on sait bien que gens étrangers, qui en une telle sédition prêtent secours à une part ou à l’autre, ne sont communément pas tant charitable qu’ils n’aient, sinon du tout, pour le moins en partie égard à leur profit, autant ou plus qu’à celui d’autrui, de sorte que, si occasion se présente, il advient bien souvent qu’ils disent : « cette pièce sera bonne pour nous ». Que si aujourd’hui cela t’advenait, ô France, (et de fait le monde n’est pas si bon qu’on ait cause de s’en douter) te voilà la plus déchirée et démembré qui fut jamais. Car, puisque de diverses parts divers secours te viennent, si d’aventure chacun venait à tirer à soi, je te laisse penser en quelle état tu serais.

Ce n’est pas dès aujourd’hui que tels tours se jouent et que secours étrangers en tels désaccords ont été plus nuisant que profitables. Et de cela on en pourrait amener plusieurs exemples, mais pour le présent je me contenterai des deux, dont l’un sera étranger, et l’autre de chez toi. L’étranger est du différent qui fut jadis en Judée, environ 70 ans avant la naissance de notre sauveur Jésus-Christ. En ce différent, Pompée, capitaine des Romains, qui pour lors était en ces contrées, étant par eux appelé en aide, leur secourut tellement qu’il assujettit la Judée aux Romains et la fit tributaire ; laquelle subjection et servage a depuis durée jusqu’à aujourd’hui. Le second exemple, qui est de chez toi, est de ceux d’Auvergne et de ceux d’Augustodunum (Autun dans le texte, Ndlr), lesquels au temps de Jules César étant les principaux des deux bandes entre lesquelles était divisée toute la Gaule et ayant entre eux différents (pour savoir, Ndlr) lesquels seraient les maitres, les Arvernes (Auvergnats dans le texte, Ndlr) et les duens (Bourguignons dans le texte, Ndlr) allèrent demander secours aux Germains (Allemands dans le texte, ici et ailleurs, Ndlr) contre ceux d’Augustodunum (Autun dans le texte, Ndlr), lequel secours les Germains leur portèrent, de sorte qu’ils assujettirent et traitèrent misérablement et les uns et les autres, jusqu’à temps que Jules César les délivra vraiment tout deux de la subjection des Germains, ayant vaincu Arioviste, le roi des Suèves (Allemands dans le texte Ndlr), mais ce fut en telle sorte que finalement et eux et les autres Gaulois furent fait sujets de Romains. Voila ce que fait bien souvent secours étranger lorsqu’il y a dissension entre gens d’un même pays.

Ces exemples sont assez suffisants pour te faire craindre, ô France, le cas semblable. Que si l’on me réplique qu’aussi il se trouve exemples contraires, par lesquels peut être montré que tels secours étrangers ont quelquefois profités, je réponds que c’est bien vrai. Mais la mal advient communément plutôt que le bien, et le monde est bien aujourd’hui si corrompu qu’on a maintenant plus c’occasion de craindre le mal qu’on eut jamais. Mais posons le cas qu’il n’y ait en cet endroit aucun danger et que ceux qu’on appel en aide soit des gens de bien et loyaux qu’ils n’aient aucunement égard à leur profit ou intérêt, je dis que cependant il s’épandra tant de sang (car certes sans sang telle guerre ne peut se faire) que la perte en soit irréparable. Voir que dis-je : Il s’épandra ? Il je dis qu’il s’en ait déjà tant épandu, (car on tient que cet été ont été mis à mort en France plus de cinquante mille personnes) que je ne sais si jamais tant de bien pourra résulter de cette guerre (et en soit l’issue tant heureuse que l’on voudra) qu’il en est déjà venu de mal. Tellement que le remède humain que cherchent tes enfants à ta maladie, n’est non plus propre pour la guérir que, si pour guérir un corps malade, on faisait en toutes sortes tous les efforts pour lui couper touts les membres.

Quant au remède spirituel, qui est de forcer les consciences les uns des autres, je ne saurais mieux m’étonner (et il faut ici que je parler franchement) de la déraison et l’aveuglement tant des uns que des autres. Et afin de mieux me faire entendre, je veux un peu ouvertement parler aux deux parties. Il y a aujourd’hui en France deux sorte de gens qui pour la religion s’entre font la guerre les uns aux autres, dont les premiers sont par leurs adversaires appelés Papistes et les autres Huguenots, et les Huguenots s’appellent (pour parler d’, Ndlr) eux-mêmes Evangéliques, et les Papistes Catholiques. Je les appellerais comme eux-mêmes s’appellent afin de ne pas les offenser.

Aux Catholiques

Et premièrement pour parler à vous, ô Catholiques, qui vous dite avoir l’ancienne, vrai et catholique foi et religion, considérez un peu de près votre affaire, il en est temps et plus que temps. Souvenez vous comment vous avez traité les Evangéliques. Vous savez bien que vous les avez poursuivis, emprisonnés, mis au cachot, fait mangés aux poux et aux puces, et pourrir en bourbier, en ténèbres hideuses et ombre de mort et finalement rôtis tout vifs à petit feu, afin de les faire languir plus longtemps. Et pour quel crime ? Parce qu’ils ne voulaient pas croire au Pape ou à la messe ou au purgatoire et telles autres choses, lesquelles tant s’en faut qu’elles soient fondés en l’Ecriture que les noms même ne s’y trouve nulle part. Ne voilà pas une belle et juste cause de bruler les gens tout vifs ? Vous vous appelez Catholiques et faite profession de maintenir la foi catholique contenue dans les Saintes Ecritures, et cependant tenez pour hérétiques et brulez tout vifs ceux qui ne veulent pas croire ce qui est contenu dans les Ecritures ?

Arrêtez-vous un peu ici et pesez ceci à bon escient. C’est un point qui vous est de grande importance. Dites-moi, et répondez ici, car aussi faudra-il bon gré mal gré que vous en répondiez un jour devant le juste juge duquel vous portez le nom. Répondez, dis-je, à un point qui sans nul doute sera demandé au jour du jugement. Voudriez-vous qu’on vous fit ainsi ? Voudriez-vous qu’on vous persécuta, emprisonna, mit au cachot, fit mangés aux poux et aux puces, et pourrir en bourbier, en ténèbres hideuses et ombre de mort et finalement qu’on vous rôtit tout vifs à petit feu, pour n’avoir pas cru ou confessé quelque chose contre votre conscience ? Que répondez-vous ? Mais qu’est-il besoin de répondre ; on sait bien que votre conscience dit que non, voir si vivement que le plus hardi de vous ne l’oserait nier.


Or, considérez bien ce point. Si déjà en cette vie pleine d'ignorance et affections charnelles qui bien souvent aveuglent l'entendement des hommes, néanmoins cette vérité a tant d'efficacité qu'elle vous contraint, que vous le vouliez ou non, de confesser que vous avez fait à autrui autre chose que vous ne voudriez qu'il vous fut fait, que sera-ce au jour du Jugement, là où toutes choses seront clairement et vivement découvertes et mises au jour ? Et ne savez-vous pas que les consciences accuseront ou excuseront chacun au jour du juste Jugement ? Et savez-vous si le tort est petit que vous avez fait à vos frères ? Il est bien si petit qu'ils ont mieux aimé endurer tous les maux que votre cruauté (il faut qu'ainsi à la vérité je la nomme) a su inventer, que de faire (comme vous le requériez) chose contre leur conscience, ce qui est un signe que forcer la conscience d'un homme est pire que lui ôter cruellement la vie, puisqu'un homme craignant Dieu aime mieux se laisser ôter cruellement la vie que de laisser forcer sa conscience.


Et venons à l'expérience, et je vous prendrai vous mêmes à témoins. Il s'est trouvé et se trouve quelques
Evangéliques qui vous veulent contraindre à aller à leurs sermons, je vous demande comment vous plait cette violence ? Elle vous déplait sans nulle doute, et vous dites qu'on vous fait grand tort, et toutefois à ouïr un sermon votre conscience ne peut être tant blessée que celle d'un Evangélique à ouïr la messe. Apprenez de vos propres consciences à ne forcer celles d'autrui, et si vous ne pouvez endurer un moindre tort, n'en faites pas à autrui un plus grand, et reconnaissez que le mal qui maintenant vous presse, est un juste courroux et jugement de Dieu sur vous, qui vous rend la pareille, et vous mesure de la même mesure de laquelle vous avez mesuré, selon ce que dit l'Ecriture. « Qui mène en captivité, s'en va en captivité, qui par le glaive tue, par le glaive il faut qu'il soit tué. » (Apocalypse 13:10) Idem : « Tu es juste, Seigneur, de ce que tu as ainsi voulu faire ; que puisqu'ils répandaient le sang des saints et des prophètes, tu leur as accordé de boire du sang, comme ils en sont dignes. » (Apocalypse 16:5, 6) Car certes vous avez martyrisé et meurtri maint saint personnage, ce dont le Seigneur maintenant commence à vous en récompenser, que si vous ne vous amendez, n'attendez pas qu'il retire sa main étendue pour frapper. Or, comment est-ce que vous vous amendez ? C'est à faire pire que devant, c'est à savoir à persécuter les Evangéliques plus que jamais. Est-ce le moyen d'apaiser Dieu ? N'est-ce pas, tout au rebours, le droit moyen de l'agacer d'avantage ? Car s'il est courroucé contre vous pour vos cruautés du temps passé (comme de vrai il est, et vous êtes bien aveugles, si vous ne le voyez), n'attendez pas de l'apaiser en persévérant en la même cruauté. Car vous faites tout ainsi comme si un homme avait gagné la goutte à trop boire, et que pour la guérir il poursuivit de boire de plus fort. Ou si un enfant était battu de son père pour avoir battu son frère et que pour apaiser son père il poursuivit de battre son frère de plus fort.


Aux Evangéliques


Je viens maintenant à vous, Evangéliques. Vous avez autrefois patiemment souffert persécution pour l'Evangile ; vous avez aimé vos ennemis, et rendu bien pour mal, et bénit ceux qui vous maudissaient, sans leur faire autre résistance que de vous enfuir, s'il était besoin ; et tout cela faisiez-vous selon le commandement du Seigneur. D'où vient maintenant un si grand changement chez certains d'entre vous ? Les innocents ne s'offenseront point de mon dire ; je ne parle pas à tous, je parle à ceux qui sont tels, et leur dis ainsi : Le Seigneur a-t- il changé de commandement, et avez-vous nouvelle révélation que vous deviez faire tout au contraire qu'auparavant ? Vous aviez bien commencé en esprit, comment venez-vous à achever en chair ?


Celui qui autrefois vous avait commandé d'endurer et rendre bien pour mal, et auquel pour lors en endurant et rendant bien pour mal vous obéissiez, vous a-t-il maintenant commandé de rendre mal pour mal et, au lieu d'endurer persécution, la faire aux autres ? Ou si vous avez tourné le dos à son commandement et voulez désormais secouer
son joug de dessus votre col et vivre à votre fantaisie, en suivant le monde et vos cerveaux et ennemis ? Car que peut-on penser autre chose, quand vous employez sac et bagages, voire le bien des pauvres, en hallebardes et arquebuses, et tuez et massacrez et mettez à la pointe de l'épée vos ennemis, et remplissez et souillez les chemins et rues, voire les maisons et temples, du sang de ceux pour lesquels Christ est mort comme pour vous, et qui sont baptisés en son nom comme vous ?


Que dire de plus, que vous les venez contraindre à se trouver en vos sermons, voire, qui pire est, quelques-uns à prendre les armes contre leurs propres frères et ceux de leur religion, contre leur conscience ?


Vous examinez en outre les gens sur votre doctrine, et vous ne vous contentez pas qu'on accorde aux principaux points de la religion, lesquels sont clairs et évidents en la Sainte Ecriture. Puis, s'ils sont en tous points d'accord avec vous, vous leur donnez lettres par lesquelles partout où ils iront, ils pourront être connus d'entre les infidèles et prouver qu'ils sont fidèles, c'est-à-dire chrétiens. Voilà les trois remèdes dont vous usez, à savoir répandre le sang, forcer les consciences et condamner et tenir pour infidèles qui ne sera du tout d'accord avec votre doctrine. Je m'ébahie où est vostre entendement, et si vous ne voyez pas que vous suivez en ces trois points vos ennemis, et celui que coutumièrement vous appelez Antéchrist.


J'entends bien que c'est que certains de vous ont accoutumé de répondre : c'est que vous avez droit et eux tort, et que pour cela il vous est bien loisible de les persécuter et forcer, mais à eux n'est pas loisible de vous le faire, qui est autant que si vous disiez qu'il vous est bien loisible de ravir le bien d'autrui, mais non aux autres de ravir le vôtre. Mais embellisses vôtre cause devant les hommes tant que vous voudrez et cherchez tant de belles distinctions que vous voudrez, on sait bien, et j'en prends à témoins vos propres consciences, que vous faites à autrui chose que vous ne voudriez qui vous fut faite. Car si vous étiez Papistes, comme vous les appelez, et comme la plupart de vous l'ont autrefois été, vous ne voudriez point que l'on vous fit comme vous leur faites. Que si aujourd'hui étant encore en doute
qui sera le vainqueur, voir étant encore persécutés, vous usez néanmoins de telle rigueur et violence, il est à craindre que si vous venez au dessus de vos attentes, vous userez d'une tyrannie aussi grande que vos ennemis ont usé.


Vous usez puis du quatrième remède pour apaiser l'ire (la colère, ndrl) de Dieu, à savoir de prières et jeûnes, lequel remède serait bien bon et vrai, si les maux que j'ai dit n'empêchaient son opération. Mais là où il y a cruauté et déraison, jeûnes et prières ne sont point agréables à Dieu, ce que bien monstre Salomon, quand il dit : « Qui retire son oreille de ouïr la loi, sa prière même est abominable » (Proverbes 28:9), et Isaïe encore plus clairement, quand il dit que Dieu parle ainsi à son peuple : « Qu'ai-je affaire de tant de vos sacrifices ? » dit le Seigneur. Je suis soûl des brûlages de vos moutons et de la graisse des bêtes engraissées, et ne prends nul plaisir au sang des taureaux, des agneaux et des boucs. Quand vous venez comparaitre devant moi, qui vous demande cela que vous fouliez mes parvis ? Ne faites plus offrandes qui rien ne servent : l'encensement m'est une chose vilaine ; nouvelles lunes, sabbats, faire assemblées, vacations, telles choses de néant ne puis-je souffrir. Mon cœur hait vos nouvelles lunes et solennités, elles me pèsent, je suis las de les porter, et quand vous élevez les mains, je vous cache mes yeux ; et combien que vous fassiez beaucoup de prières, je n'écoute point, puisque vous avez les mains plaines de sang. Lavez-vous, nettoyez-vous, ôtez la mauvaiseté de votre nature de devant mes yeux, cessez de mal faire ; adonnez-vous à raison, défendes ceux auxquels on fait tort, faites droit aux orphelins, menez la cause des veuves. » (Isaïe 1:11-21)


dimanche 9 mars 2008

Remonstrance aux François (1576)

Image : Portrait de Johannes Wtenbogaert (1557-1644), pasteur remonstrant néerlandais. Les remonstrants des Pays-Bas seront les principaux acteurs de la transmission de l’œuvre de Sébastien Castellion.

C’est au cours de recherches sur l’église remonstrante néerlandaise que je suis tombé sur ce document inédit pour notre siècle.
Il est conservé à la bibliothèque municipale de Lisieux (Calvados) et ses responsables ont eu la riche idée de la mettre en ligne à la disposition du grand public.
M. J-C Barbier avait eu la gentillesse de la faire paraitre suite à ma demande sur son blog le 28 novembre 2007.

Je reporte le texte à la suite de cette introduction mais vous pourrez le retrouver sur le site de la bibliothèque de Lisieux à cette adresse :
http://www.bmlisieux.com/curiosa/remonstr.htm

Ce texte rappel celui écrit quelques 14 ans auparavant par Sébastien Castellion, en 1562, le « Conseil à la France désolée », dans lequel il exhorte les représentants des deux religions, catholique et protestante, à faire la paix entre eux, à cesser de forcer les consciences et à stopper les persécutions envers ceux jugés hérétiques par les deux partis.
Je signale au passage que ce document n’est pas l’œuvre des remonstrants hollandais mais bien de réformés français.

Le texte est rapporté dans le français de 1576, tout à fait compréhensible pour le lecteur du 21ème siècle. Le préambule de l’éditeur nous rappel pourquoi il a choisi de publié cet écrit, « cinq ans après le remue-ménage que l'on sait », c'est-à-dire cinq ans après la fin la guerre franco-allemande (presque 290 000 morts) et surtout les événements de la commune de Paris qui firent s’entretuer des français pour des idées et qui se soldèrent par la mort d’environ 25 000 soldats et civils.

REMONSTRANCE
Aux François
Pour les induire
A VIVRE EN PAIX A L'ADVENIR
(1576)

Il nous a paru piquant de réimprimer en 1876, cinq ans après le remue-ménage que l'on sait, un écrit politique publié il y a juste trois siècles, en 1576, quatre ans après le massacre de la Saint-Barthélemy.
Rédigé par un inconnu dans une langue vigoureuse et imagée, qui rappelle le style de La Boétie, ce morceau n'est pas seulement précieux pour l'histoire : les enseignements qui s'en dégagent ont aussi leur intérêt. Il est permis, sans doute, de soupçonner un peu d'exagération dans ce tableau de la France, déchirée par les guerres civiles, prête à devenir la proie de ses «voisins et anciens ennemis qui espient l'occasion pour lui courir sus» : mais le fond en est véritable, et la comparaison que nous pouvons faire de cette situation avec la nôtre, n'a rien que de très-rassurant. Nous n'en sommes pas encore, heureusement, à appeler pour arbitres de nos affaires «des étrangers» qui, aujourd'hui comme alors, «ne nous cognoissent pas, mais seulement nostre argent et nos meubles».
L'humanité tourne sur elle-même : espérons que les Français de l'an 2176, après une crise pareille, n'en seront pas plus effrayés.
Maintenant, quel que soit le personnage qui ait composé ce pamphlet : prêtre, magistrat, homme de guerre, homme d'État, ou simple citoyen, c'était, à coup sûr, un sage, un philosophe. Il nous plairait, toutefois, de voir en lui un dignitaire de l'Église, et de le donner en exemple à ses congénères :
Ce monde-ci n'est qu'une œuvre comique Où chacun fait ses rôles différens. Là, sur la scène, en habit dramatique Brillent Prélats, Ministres, Conquérans... [Jean-Baptiste Rousseau, Épigrammes.]
Rien de plus naturel : mais il y a eu des prélats auxquels point ne suffisait de briller, auxquels il fallait du tapage, des combats, des triomphes. Le nôtre, celui que nous supposons l'auteur de ce pacifique discours, était loin de leur ressembler : fidèle à sa mission épiscopale, il se contentait de surveiller, sans s'y mêler, la lutte des intérêts mondains ; et si, par une illusion d'optique excusable après tout chez un presbyte, le Sénat de son pays lui eût fait l'effet de la fournaise de Babylone, il eût attendu qu'on l'y jetât, comme le jeune prophète Daniel : il n'eût pas montré un Daniel vieilli, qui s'offre, moyennant salaire, à attiser le feu dans cette fournaise.
I. L.
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Nous connaissons deux éditions de cette Remonstance, toutes les deux de 1576. L'une, qui nous paraît être l'originale, est un petit in-8° de 15 pages, sans indication de libraire ni de lieu d'impression : l'autre, également in-8°, mais en plus gros caractères, est de Paris, chez Robert le Mangnier, libraire, avec permission du Roy. Un exemplaire de cette dernière fait partie d'un Recueil factice de pièces sur l'Histoire de France, qu'on peut consulter à la Bibliothèque de l'Arsenal.

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REMONSTRANCE AUX FRANÇOIS
Pour les induire
A vivre en paix à l'advenir

Jusques à quand, François, jusques à quand voulez-vous demeurer armez les uns contre les autres ? Jusques à quand voulez-vous prolonger vos guerres civiles ? Jusques à quand voulez-vous nourrir entre vous tant de divisions et partialitez ? N'estes-vous ennuyez de vous poursuyvre ? N'estes-vous las de combattre ? N'estes-vous contens des cendres de vos maisons ? N'avez-vous horreur de voir vos mains ensanglantées de vostre propre sang ? N'avez-vous regret à la perte de vos vies et de vos biens ? N'avez pitié de vous mesmes ? Quelle occasion vous anime tellement les uns contre les autres ? Quelle fureur vous arme ? Quelle rage vous pousse ? A quoy pensez-vous ? Que faictes-vous ? Quel est le but de vos desseings ? La longueur du temps, qui adoucit toutes choses, ne vous peut-elle retirer de vos animositez ? La perte de vos biens, qui vous doit estre facheuse, ne vous peut-elle destourner de vos entreprises ? La ruine de vostre païs, qui vous doit estre insuportable, ne vous peut-elle esmouvoir ? Que ne considérez-vous la misère et extrême calamité, en laquelle vous estes réduits ? Que n'advisez-vous le danger auquel vous vous précipitez ? Que ne découvrez-vous vos voisins et anciens ennemis qui espient l'occasion pour vous courir sus, quand vous serez affoiblis ?
Cessez, François, cessez vos cruels combats : mettez fin à vos sanglantes guerres : esteindez le feu qui brusle et consume vos propres maisons. Reprenez vostre accoustumée prudence, et prévoyez la totalle ruine de vostre povre pays. Prévoyez la perte de vostre liberté : prévoyez la misère de vos chères femmes et tendres enfans. Souvenez-vous quels vous avez esté : comparez le passé avec le présent, et jugez de combien ceste France est changée depuis vos guerres civiles. Considérez en quel estat vous estes. Recognoissez-vous un peu en lisant ce discours, à fin que si quelque prétexte vous eschauffe le coeur, si quelque, ou publique, ou privée occasion vous incite à une immortelle guerre : que la souvenance de la félicité, en laquelle vous estiez, que la douleur des maux que vous avez soufferts, que l'espérance que vous devez avoir de vous revoir encores une fois bien heureux en ce grand et jadis fleurissant Empire, excitent en vous un désir de la paix, laquelle seule vous peut rendre le contentement qui vous a esté osté par la longueur de vos cruelles guerres. Guerres qui ont faict en vous un si estrange changement, qu'il est maintenant presque impossible de vous recognoistre pour vrais et naturels François.
Car qui est celui qui peut remarquer en vous chose qui approche des moeurs de ceux desquels vous vous vantez estre descendus ? Qui vous dira de la race de ceux lesquels entre toutes les nations ont esté estimez humains, doux, benings, accostables, ouverts, plaisans, et nullement soupçonneux, puis que par vos guerres vous vous estes rendus inhumains, sévères, impitoyables, farouches, dissimulez, mornes et soupçonneux ? Qui sera celui qui lisant en vos histoires les voyages, les entreprises, les guerres meurement commencées par vos pères, heureusement conduites et achevées en Allemaigne, Angleterre, Flandres, Italie, Espaigne, et tant en Europe qu'en Asie : qui pourra estimer, encores moins croire, que soyez enfans de si sages et bien advisez chevaliers qui s'unissoyent et accordoyent entre eux pour aggrandir leur pays, puis-que vous vous divisez et mandez de toutes pars des estrangers pour dévorer ceste belle et riche succession qui vous avoit esté acquise avec un si grand travail ? Qui se pourra persuader que soyez engendrez d'autres que des Scythes et Barbares, ou plustost de quelques bestes cruelles, vous voyant ainsi acharnez les uns contre les autres ? Qui vous jugera autres que bastards, puis-que ne retenez, ni moeurs, ni façon, ni manière de faire de ceux que vous dictes estre vos pères ?
Ils n'avoyent autre désir que de commander et donner la loy à ceux mesmes qui estoyent estimez les plus puissans : et vous invitez des varletz, des larrons, et rebut des peuples pour commander et vous donner la loy en vostre propre pays. Ils se faisoyent redouter de tous : il n'y a si petit que ne craigniez. Ils cerchoyent les moyens de dompter leurs voisins : et vous les recherchez pour vous dompter. Ils rembaroyent courageusement ceux qui vouloyent usurper et entreprendre sur eux : et vous les allez querir et donnez libre entrée. Ils faisoyent resentir de l'audace et témérité ceux qui par trop osez, s'estoyent ruez en leur pays : et vous caressez ceux qui de part et d'autre vous ont pillez, et par vostre doux traictement les conviez à revenir. Vos pères se délectoyent à bastir des superbes chasteaux et maisons de plaisance : et vous vous esbatez à les voir brusler et ruiner. Ils estoyent aimez, honorez et suivis de leurs subjects, et vous estes hays, crains et fuis des vostres. Ils entretenoyent leurs villages et gardoyent leurs vassaux : vous ruynez tout et n'espargnez personne. Pourrez-vous donques vous glorifier en vos ancestres ? Ne serez-vous honteux de porter leur nom et armes, puis que ne voulez imiter leur vertu ?
Que di-je imiter leur vertu, si elle vous est odieuse ? Ne vous estes-vous moquez de la douceur des anciens François, qui n'offensoyent ceux qui se rendoyent à leur merci, estans contens d'en tirer une rançon, et avez voulu avoir et la rançon et la vie les uns des autres ? N'avez-vous en vos guerres inhumainement tué les femmes, lesquelles par commisération avoyent de tout temps esté sauvées et garenties de la fureur des armes ? N'avez-vous fait mourir les petis enfans ? N'avez-vous précipité, desmembré, bruslé, estouffé, hacquebuzé et exposé aux bestes ceux que vous estimiez estre vos ennemis ? Quel genre de cruauté, quelle espèce de tourment, quelle sorte de supplice n'avez-vous inventé pour vous tiranniser ? Quels nouveaux moyens n'avez-vous trouvé pour vous tourmenter ? Qu'avez-vous oublié ? Que reste-il dequoy n'ayez fait expérience plus cruelle sur vous, que n'eussiez voulu faire sur les plus vieils et jurez ennemis de vostre pays ? Nouvelle et incroyable métamorphose, si la playe, si le sang qui coule encores, si la douleur, si le feu qui n'est esteint, ne contraignoyent chacun de croire ce qui est esloigné de toute humanité et contraire au naturel des François. Cas estrange, et par ci devant non entendu ni leu en vos Annales. Que d'une si rare douceur, d'une si grande courtoisie, d'une si extrême bonté qui vous faisoit aimer et rechercher de tous les peuples, vous soyez tombez en une si estrange cruauté, que vous estes odieux à vous-mesmes, et fuyez les uns devant les autres.
Voilà, François, voilà les premières fleurs de vos guerres civiles, desquelles si vous goustez le fruict, vous sentirez l'estat de vostre pays du tout altéré et changé, et serez contrains de confesser que vous n'estes plus en ceste France, si bien policée, régie, et gouvernée par le passé, laquelle servoit de patron aux peuples voisins pour reigler leurs royaumes et bien conduire leurs affaires. Vous trouverez et direz non sans honte et regret que le bon ordre qui avait esté establi d'un commun consentement, a esté par une commune dissention du tout perverti. Lors le Roy estoit aimé et respecté des plus grans, suyvi et révéré de la Noblesse, craint et obéi de son peuple. Les Princes et Seigneurs estoyent redoutez et honorez : la Noblesse chérie : le magistrat authorizé : le marchand maintenu : le peuple soulagé : maintenant chacun veut ce qu'il peut, celui est obéi qui est le plus fort : la Noblesse respectée si elle est furieuse : le magistrat authorizé s'il est le mieux armé : le marchand maintenu s'il se peut bien deffendre : le peuple soulagé s'il ne se veut laisser fouler. Lors le soldat estoit sous les loix de la guerre, et obéissoit à son chef : maintenant il n'a loy que celle qu'il se donne, et se faict craindre et obéir pour l'asseurance qu'il prend, que se desbandant d'un parti, il sera bien receu à l'autre. Les armes estoyent pour vous defendre et les soldats pour vous garder. Par vos armes mesmes vous vous destruisez, et vos soldats vous pillent. Le meschant en quelque lieu qu'il fust du royaume ne se tenoit asseuré, maintenant il vit en asseurance, si sortant d'un costé, il se peut renger à l'autre. Les vivres se vendoyent à certain pris, et non à l'appétit désordonné de l'avare marchand : la monnoye n'estoit subjecte à l'estimation du peuple : les larcins, les adultères, les pilleries estoyent punies : maintenant le marchand met le pris à toutes choses : la monnoye a son cours selon l'estimation du peuple : les fautes demeurent impunies et tout est en confusion et désordre, estant impossible entre les armes remettre la France en son premier estat, et restablir un bon ordre.
Que si, passans plus oultre, vous voulez vous resouvenir du passé, et ramentevoir la grande abondance de toutes choses, en laquelle vous estiez, que direz-vous les uns aux autres ? N'aurez-vous occasion de vous recognoistre et parler ainsi ensemble ? Qu'avons-nous faict ? En quel estat nous sommes-nous mis ? Pourquoy nous sommes-nous privez de cest heur auquel nous estions ? Pourquoy avons-nous, en despit les uns des autres, faict si grand dégast de nos vivres ? Comment avons-nous esté si mal-advisez de donner de l'argent aux estrangers pour nous battre ? Pourquoy les avons-nous appellez pour nous piller et fourager nostre pays ? Pourquoy les avons-nous aidez à charger leurs chariots et butiner tant sur nous ? Devant que nous eussions commencé ceste mal-heureuse guerre nous estions si heureux, nous vivions si bien à nostre aise, nous avions si bon marché de toutes choses. Le bled, le vin, les viandes ne valoyent la tierce partie de ce qu'elles vallent maintenant : nous avions tout en si grande abondance que nous pouvions accommoder nos voisins : il n'y avoit si pauvre qui n'eust moyen de vivre. Les estoffes, les habits estoyent à pris raisonnable. Nous avions les plus beaux bastimens qu'il estoit possible de voir. On ne parloit que de se resjouir les uns avec les autres sans offenser personne : on s'entr'aimoit, on se hantoit, on s'entraidoit, on alloit en toute asseurance par pays pour faire ses affaires, on n'oyoit parler de tant de povretez et cruautez, on ne voyoit tant de voleurs, on gardoit la maison de son voisin comme la siene. Mais maintenant ô que tout est bien changé ! nous sommes les plus mal-heureux du monde, nos terres sont demeurées désertes, nos vignes en frische, nos jardins sans cultiver : toutes choses sont extrêmement chères, la pluspart du povre peuple meur de faim : les villageois qui vivoyent à leur aise sont réduits en ceste extrême nécessité et misère qu'ils paissent avec les bestes brutes : on ne leur laisse rien, ils sont rançonnez, eschaudez, battus, frappez et le plus souvent tuez, s'ils ne treuvent ce qu'on leur demande. Leurs maisons sont pillées, leurs femmes forcées, leurs filles violées : on ne leur laisse pas un cheval, pas une brebis, et le plus souvent demeurent si fort outragez, qu'il ne leur reste rien que la langue pour se plaindre, et les yeux pour pleurer leur povreté et misère. On ne recognoist plus la puissance du Roy, l'authorité des Princes, les commandemens des Capitaines. Les soldats vivent non à discrétion, mais avec toute indiscrétion, et gastent tout par les champs. Il n'y a plus d'argent en France. Tel estoit riche qui demande aujourd'hui l'aumosne : tel avoit mil escus en bourse qui n'a pas aujourd'hui vaillant un souls : tel estoit bien logé, qui n'a pas une estable pour se retirer. On ne s'entr'ayme plus : on ne se hante plus : on ne se resjouist plus comme on faisoit : on ne sait à qui se fier : on ne s'ose mettre aux champs : c'est à qui desrobera le mieux, à qui pillera, à qui mettra le feu en la maison de son voisin. Chascun se plaint : il n'y a celui qui ne se sente de la guerre, tout le monde est destruit.
Que si vous voulez, François, conférer ainsi les uns avec les autres : si vous comparez le temps passé avec le présent, ne vous condemnerez-vous vous mesmes ? Ne direz, en rougissant de la faute que vous avez faicte, et pleurant de commisération que vous aurez les uns des autres : O que nous sommes de grands fols ! que nous sommes mal-advisez de nous ruiner ainsi ! Qu'avons-nous gaigné à nous battre ? Quel bien nous est revenu d'une si longue guerre ? Quel contentement en pouvons nous recevoir ? Nous avions tant de vivres, et nous mourons de faim. Nous avions tant d'or et d'argent, et nous n'avons plus rien. Nous estions si bien meublez, et nous n'avons pas un lit pour nous coucher. Nous estions si gaillards, et nous n'en pouvons plus.
Ainsi, François, ainsi vous ramentevans le bien que vous avez perdu, et le mal auquel vous estes tombez, serez-vous destournez de vos cruelles guerres ? Ainsi renouvellant souvent la douleur, tascherez-vous à y donner remède ? Ainsi conférant les uns avec les autres, pourrez-vous juger que ceux qui empeschent vostre réconciliation sont ennemis de vostre repos ? Ainsi descouvrirez-vous que ceux qui vous veulent entretenir en division, et se présentent pour secourir les uns et les autres, ne demandent sinon à s'enrichir de vos thrésors, se braver de vos despouilles, et des ruines de vos maisons, se bastir de superbes chasteaux ? Que s'il y a quelque vray et naturel François, qui soit, ou si obstiné qu'il ne vueille devenir sage à ses dépens, ou tant accoustumé aux armes, qu'il ne se puisse tenir de démener les mains, ou si fort animé qu'il ne se puisse appaiser : qu'il me responde et nomme un seul d'entre vous qui aye beaucoup gaigné en ceste guerre. Tous les vivres sont dévorez, tous les thrésors espuisez, tous vos meubles perdus : quel d'entre vous en est plus gras, plus riche et mieux meublé ? Vostre revenu consommé, vos villages bruslez, vos villes désolées : quel plaisir, quel contentement, quelle consolation en recevez-vous ? Tant d'illustres, vertueux et généreux Princes tuez, tant de braves seigneurs et vaillans capitaines perdus, tant de millions de courageux et hardis soldats morts, estropiez, harassez : quel d'entre vous en est plus asseuré et moins en danger ? Les ports, les passages, les destroits ont esté descouverts aux estrangers : quel bien vous en peut-il revenir ? Tant de deniers desboursez : à qui est demeurée la meilleure part ? Tant de villes pillées : qui y a le plus gaigné ? Tant de chariots chargez : à qui en revient le prouffit ? Tant de femmes forcées : qui en reçoit le déshonneur ? Tant de peuple fuyant devant les estrangers : sur qui en redonde la honte ? Ils vous ont menacez en vostre propre pays : n'en serez-vous pas moins prisez ? Ils vous ont bravez en vos trouppes : n'en serez-vous pas blasmez ? Qui a donques receu prouffit, contentement, honneur de vos guerres civiles, sinon l'estranger ? Qui en a porté la perte, enduré le mal, receu le déshonneur, sinon vous François ? Vous qui aviez la puissance de conquester avec proufit, plaisir et gloire, la monarchie de tout le monde : qui pouviez retourner riches, braves et victorieux d'un pays estrange : qui aviez au moins le moyen de conserver ce Royaume en sa grandeur : vous, di-je, l'avez presque perdu, vous vous estes apovris et rendus ridicules aux estrangers.
Faictes que l'amour que devez porter à vostre pays, vous destourne. Que la perte de vos vies, de vos biens, de vos enfans, vous esmeuve. Que l'honneur de vos femmes et de vos filles vous excite. Que vostre propre misère vous appaise. Et puis qu'entre tant de maux, au milieu des tempestes et orages de la guerre la plus cruelle qui fust oncques, toutes choses estant désespérées, vous avez un Roy qui vous veut mettre en paix, qui désire vous maintenir en amitié les uns envers les autres : qui tasche par tous moyens de remettre ce povre Royaume : qui s'estudie à vous soulager : qui s'efforce tant qu'il peut à oster ces sensues de dessus le corps de la France : obéissez à ses commandemens, suyvez sa bonne volonté, et vous asseurez qu'il vous remettra en une bonne paix : en laquelle si vous voulez longuement demeurer, ce que vous devez désirer, gardez-vous d'entrer en suspicion les uns des autres, ne croyez ces rapporteurs qui vous voudront mettre en deffiance. Advisez quels seront ceux qui vous conseilleront de reprendre les armes, et jugez s'ils reçoyvent plus de proufit et d'honneur de la guerre que de la paix : ne vous laissez persuader par les estrangers qui vous promettent le bois duquel vous estes bruslez, qui vous chérissent pour attraper vostre argent, qui feignent de vous aimer, afin qu'ils soyent héritiers de vostre pays.
Que si le zèle de l'honneur de Dieu et de la religion vous incite de part et d'autre, considérez tous ensemble qu'au milieu des armes Dieu est plustost blasphémé qu'honoré : et que pendant vos guerres la religion, la piété, la justice n'ont esté en révérence. Si vous avez désir de revoir toutes choses policées et remises en leur premier estat : jugez en voyant le désordre auquel pour la guerre vostre France est maintenant, que les armes ne sont pour reigler et réformer, mais pour desreigler et difformer toutes choses. Si un bien public vous pousse : vous voyez que les guerres ont apporté un mal commun, une perte publique, une ruine universelle. Changez donques d'opinion, réformez vos conseils, posez les armes, embrassez la paix.
Et si, à l'exemple des autres, vous n'avez encores peu devenir sages, que vostre propre exemple, que la peine, que le travail, que la povreté, que la désolation, que le feu, le sang, les cruautez que vous avez souffertes vous rendent mieux advisez à l'advenir. Vous estes frères, vous estes parens, vous estes voisins : vous vivez en un mesme pays, sous mesmes loix, sous un mesme Roy, le plus doux, le plus clément, le plus amateur de vostre repos que vous eustes oncques. Accordez-vous, vuidez vos différens amiablement, puis que les armes depuis seize ans ne vous ont peu accorder. Vous estes assez sages, sans appeler des estrangers pour arbitres, qui tireront des deux costez, et vous entretiendront en débat. Ils ne sont de mesme naturel que vous, ni de mesmes moeurs : ils n'ont mesmes façons de faire, mesmes complexions, pour pouvoir juger de vos affaires : ils ne vous cognoissent pas, mais seulement vostre argent et vos meubles : ils ne savent les moyens de vous entretenir, sinon en guerre. Il n'est possible qu'ils vous accordent, sinon en ce que n'aurez les uns plus que les autres, et eux emporteront tout. Vous seuls le pouvez faire, si le voulez : et le devez vouloir, s'il reste en vous quelque sentiment, si estes esmeus de la destruction de vostre pays, si vous avez pitié de vos femmes, de vos enfans, de vos familles : si vous aimez vostre vie, vos biens, vostre liberté : si vous désirez vous revoir encores bien-heureux, aimez, craints et redoutez de toutes les nations.
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Imprimé pour la première fois
en 1576
ET RÉIMPRIMÉ EN JANVIER 1876
par
CL. MOTTEROZ
Typographe à Paris, rue du Dragon, n° 31.

vendredi 29 février 2008

Chronologie de l'antitrinitarisme

Michel Servet mourut par le feu parce qu’il était antitrinitaire.
Sébastien Castellion mourut de fatigue traqué qu’il était par ses ennemis de Genève, non pas parce qu’il pensait strictement comme Servet, mais parce qu’il s’était élevé contre le supplice de Servet et qu’il avait écrit contre l’obligation de croire au dogme trinitaire pour être sauvé.

Certaines personnes meurent pour avoir cru, d’autres pour n’avoir pas cru…
Des hommes sont morts au cours des siècles, des chrétiens dans les prisons et arènes romaines aux hérétiques et autres « sorciers » sur les bûchers du moyen-âge, parce qu’ils croyaient en autre chose que leurs contemporains.
Durant le 16ème siècle, siècle de lumière sur la condition de l’homme, on voit naitre un autre cas de figure.
Alors que jusque-là le crime suprême en matière de conscience était de croire en autre chose, le nouveau crime fut de ne pas croire en quelque chose de précis ou de croire mais autrement.

Les antitrinitaires étaient de ceux-là.
Pourtant chrétiens, ils furent considérés comme hérétiques par l’inquisition catholique d’abord puis par ceux que Rome avait combattue sans succès, les protestants se réclamant des trois grands courant, luthériens, calvinistes, zwinglistes.
Ces derniers, bien qu’ayant connu la persécution, prendront des mesures radicales contre l’antitrinitarisme allant jusqu’à réclamer la peine de mort contre ses tenants.
Le procès de Servet fut la plus grande démonstration de la haine que nourrissaient les trinitaires à l’encontre de leurs détracteurs.

Face à la découverte de toute cette intolérance à leur encontre, moi qui également rejette le dogme trinitaire, je me suis livré à quelques recherches historiques pour établir une chronologie qui, sans être exhaustive, soit la plus détaillée que possible de l’antitrinitarisme.

Cette chronologie retrace l’histoire de l’antitrinitarisme sans faire de distinction entre les différents courant de pensés. On trouvera donc parfois des courants strictement biblicistes mais également de tendance libérale ou rationaliste. Il sera nécessaire sous ce rapport de prendre en compte qu’il n’y a aucune relation directe entre la conception non trinitaire des églises Unitariennes et celle d’autres mouvements tels que les Témoins de Jéhovah. Cependant un certain nombre d'entre eux sont liés historiquement comme le démontre le schéma ci-après.

Chronologie

Vers 750 av. J-C - Rédaction du livre biblique d'Isaïe annonçant la venue du Messie. Celui-ci serait appelé ʼÉl gibbôr, c'est à dire "Dieu fort", et ʼAvi-ʽadh, c'est à dire "Père éternel" (cf. 9:6). Mais les traducteurs ne s'accordent pas sur le sens du texte suivant qu'ils sont juifs ou chrétiens. La version grecque des Septante rend par ailleurs le verset 6 de façon totalement différente du texte hébreu massorétique*.

Entre 40 et 65 - Rédaction des livres chrétiens formant le Nouveau Testament (à l’exception des livres johanniques plus tardifs). Le Christ est appelé Fils de Dieu et Seigneur mais n'est jamais placé sur un plan d'égalité avec le Père. L'esprit saint n'est jamais identifié comme étant une personne.

Vers 100 - Rédaction de l'évangile selon Jean affirmant la double nature du Christ, divine et humaine, en réaction aux croyances des judéo-chrétiens et des gnostiques. La traduction du premier verset du prologue de Jean fait cependant toujours l'objet d'une querelle d'école entre les linguistes, à savoir si le Logos est "dieu", "un dieu" ou "(le) Dieu". Quand au verset 18 du prologue il varie suivant les manuscrits. Certains le rendent par "le fils unique (engendré) qui est dans le sein du Père" alors que d'autres le rendent par "le dieu unique (engendré)".

Vers 120 - (Saint) Ignace d'Antioche appel Jésus-Christ "notre Dieu" dans plusieurs de ses lettres mais l’authenticité de certaines est contestée. Dans les autres il le nomme simplement Fils et Seigneur.

Vers 150 - Dans sa première apologie (Saint) Justin écrit à propos du Christ qu'il est également Dieu comme le Père l'est mais plutôt par représentation.

Vers 180 - (Saint) Irénée de Lyon affirme dans son Contre les hérésies la divinité du Christ selon le schéma de l'évangile de Jean, néanmoins sans entrer encore dans des considérations métaphysiques.

(Saint) Théophile d'Antioche dans son A Autolycus est le premier à employer le mot grec trias (traduisible par triade ou trinité) non pour parler du Père, du Fils et du Saint-Esprit mais "de Dieu, de son Verbe et de sa Sagesse".

Vers 200 - Tertullien emploi le mot latin trinitas (en français trinité) et pose le fondement réel de la doctrine trinitaire en écrivant dans son Contre Praxéas que "lui aussi (l'Esprit) est une personne si bien que la divinité est une Trinité". Mais Tertullien demeure "subordinatianiste" (le Fils est inférieur au Père).

Vers 230 - Origène emploi également le mot trinité dans son De Principiis, affirme l'omnipotence du Fils et personnifie le Saint-Esprit le plaçant sur un plan d'égalité avec le Père et le Fils.

318 – A Alexandrie le prêtre Arius prêche un Christ inférieur au Père.
Athanase, secrétaire de l’évêque Alexandre, sera son premier détracteur. Début de la controverse dite « arienne ».
325 – Au Concile de Nicée la controverse tourne au profit des tenants de la divinité totale du Christ (Jésus est déclaré égale à Dieu son père).
Vers 350 - (Saint) Hilaire de Poitiers rédige un ouvrage intitulé De trinitate contre l'arianisme.
381 – Fin de la controverse arienne au concile de Constantinople qui place le Saint-Esprit sur le même plan que Dieu et le Christ. Naissance officielle du dogme trinitaire.
Vers 400 - (Saint) Épiphane de Salamine et (Saint) Jérôme parlent dans leurs écrits de l’existence d'une communauté judéo-chrétienne dont les membres se nomment Nazôréens. Ils niaient probablement la divinité du Christ et, de source sûre, n'adhéraient pas à la trinité nicéenne.
Vers 580 - Le roi Franc Chilpéric Ier, pourtant catholique, embrasse une foi personnelle de type modaliste. Selon les dires de Grégoire de Tours il aurait rédigé un petit traité sur la Trinité (contre la Trinité nicéenne) et réclama que les évêques adhèrent à sa pensée (Histoire des Francs, livre V).
612 - Début de la prédication du prophète Mahomet en Arabie. Il enseignera l'unicité stricte de Dieu contre la filiation divine de Jésus et la Trinité.
644 - Compilation définitive des révélations données à Mahomet sous le Califat de Othman Ibnou Affan. Cette compilation appelée le Coran (littéralement "Récitation") déclare avec force "Le Messie Jésus, fils de Marie, n'est qu'un Messager d'Allah (...). Et ne dites pas "Trois". Cessez! (...) Allah n'est qu'un Dieu unique. Il est trop glorieux pour avoir un enfant" (4:171).

Bien qu’en certains endroit, notamment en Germanie, il faudra attendre le 9ème siècle pour que le dogme soit universellement reconnu et accepté, la Trinité ne sera plus remise en question ni par les Eglises Catholique et Orthodoxe ni par les premiers réformateurs officiels (tels Luther, Zwingli ou Calvin) mais sera au contraire développée.

1440 – Le pré réformateur tchèque Petr Chelčický écrit Le filet de la foi.

1458 - Petr Chelčický persuade de petits groupes d’anciens hussites de diverses régions de la Tchéquie de partir de chez eux pour le suivre à Kunwald, où ils fondent la communauté religieuse de l’Unité des Frères moraves.
Par la suite, des groupes de vaudois tchèques et allemands les rejoignent.

1464 à 1467 – Développement de l’Unité des Frères. Rédaction des Acta Unitatis Fratrum.

1494 – L’Unité des Frères se scinde en deux groupes le parti majeur et le parti mineur.
C’est le parti mineur qui demeurera antitrinitaire.

1516 – Érasme supprime de son Nouveau Testament grec l’ajout trinitaire apocryphe de 1 Jean 5 :7.

1523 – Érasme émet des réserves à propos du caractère orthodoxe de la doctrine trinitaire dans sa préface pour l'édition du De Trinitate d'Hilaire de Poitiers (Voir Roland Bainton, Michel Servet – hérétique et martyr, chap. 2, page 22 de l'édition Droz 1953).

1524 – Jan Kalenec, dirigeant du parti mineur, est flagellé et torturé au moyen du feu et trois autres membres meurent sur le bûcher.

v. 1525- L’anabaptiste allemand Hans Denck publie un ouvrage dans lequel il remet en question l'enseignement « orthodoxe » de la Trinité.

1527 – L’anabaptiste allemand Martin Cellarius publie Sur les travaux de Dieu dans lequel il enseigne que Jésus était Dieu seulement dans le sens qu’il était rempli de l’esprit de Dieu.
Le chef des églises anabaptistes de Suisse Michael Sattler est brulé publiquement à Rottenburg am Neckar après avoir eu la langue coupée et avoir été partiellement écorché pour avoir remis en question le dogme trinitaire.

1528 – Le prédicateur anabaptiste allemand Jacop Kautz, défenseur des idées de Denck, est emprisonné à Strasbourg puis banni.

1530 - L’anabaptiste Conradin Bassen est décapité et exposé publiquement à Bâle pour avoir nié la déité du Christ.

1531 – L'étudiant et futur médecin espagnol Michel Servet écrit, vers l’âge de 20 ans, De Trinitatis erroribus dans lequel il pose le fondement réel de ce qui deviendra l’antitrinitarisme.
L’anabaptiste allemand Johannes Campanus publie En opposition au monde entier depuis les apôtres dans lequel il enseigne que seuls sont divins le Père et le Fils et que le Saint-Esprit n'est pas une personne mais représente la puissance divine.

1532 – Michel Servet écrit Dialogorum de Trinitate.

1533 – Arrestation de Johannes Campanus. Il passe 26 ans dans les prisons de Clèves.

1539 – Hélène Weigel, 80 ans, monte sur le bûcher à Cracovie pour avoir cru en l’unité de Dieu, après avoir passée dix ans dans une geôle où elle avait été jetée à la suite de la dénonciation de l'évêque.

1544 – L'anabaptiste néerlandais (flamand) David Joris publie Het wonderboeck dans lequel il enseigne que la Trinité tend à obscurcir notre connaissance de Dieu.

1550 – Synode anabaptiste de Venise pour définir la vrai nature du Christ auquel assistent des antitrinitaires.
Le premier article doctrinal déclare que le Christ n'est pas Dieu mais homme doté de puissances divines.
Mort des derniers Frères moraves.

1553 – Michel Servet écrit la Christianismi Restitutio dans lequel il réitère son rejet de la Trinité.
La même année il est arrêté et incarcéré une première fois à Lyon par l’inquisition Catholique puis une seconde fois à Genève par les Calvinistes où il sera jugé et condamné à être brulé vif.

1554 – L'anabaptiste italien Camillo Renato envoi à Calvin une poésie latine de protestation au brûlage de Servet.
Son système de pensée proche de celui des Sociniens influence son entourage dont un cercle, composé notamment de Biandrata, propage des idées antitrinitaires.
Le réformé italien Matteo Gribaldi, visiteur occasionnel de l'église italienne de Genève, exprime clairement ses opinions défavorables à la Trinité.

1556 – Mort à Bâle de David Joris connu sous le pseudonyme de Jan van Brugge.
Trois ans après que sa véritable identité ai été révélée, ses restes et ses ouvrages sont brulés après un procès posthume pour hérésie.

1558 – A Genève Calvin rédige pour l'église italienne une profession de foi très stricte opposée aux idées de ses membres antitrinitaires.

1563 – Le théologien réformé Sébastien Castellion écrit De l’art de douter et de croire, d’ignorer et de savoir dans lequel il oppose le symbole d’Athanase à la raison et à la Bible et conclu en disant que croire en la Trinité n’est en rien nécessaire au salut.

1565-1658 – Organisation de la Petite Eglise Polonaise, communauté réformé antitrinitaire, à la diète de Piotrkow.

1566 – Le hongrois Ferencz Dávid, ancien catholique, évêque luthérien puis surintendant calviniste devient antitrinitaire sous l’influence de Georges Biandrata et embrasse les idées de Michel Servet.

1567 – Ferencz Dávid et Georges Biandrata font publier un recueil de textes antitrinitaires.

1571 – Edit de tolérance du prince hongrois Jean Sigismond de Transylvanie et création de la première Eglise unitarienne de Transylvanie par Ferencz Dávid. Cette Eglise existe toujours.

1579 – Les Italiens Lelio et Fausto Socini (Sozzini) rejoignent la Petite Eglise polonaise. Ferencz Dávid décède en prison.

1594 – Fausto Socini publie, après un travail de vingt années, Jésus-Christ Sauveur qui inspirera le catéchisme de Rakow.

1605 – Catéchisme (antitrinitaire) de Rakow (par les Frères polonais).

1611 – Jan Tyskiewicz est brûlé sur le bûché à Varsovie.

1616 – Début de la persécution des sociniens. Certains sont expulsés d’Altdorf.

1647 – Le théologien anglais antitrinitaire John Biddle publie les XII Arguments.

1648 – John Biddle publie sa confession de foi.

1651 – A peine publié à Londres on ordonne de brûler le catéchisme de Rakow.

1654 – John Biddle publie son catéchisme (antitrinitaire).

1655 – Bannissement de John Biddle. Il part en Islande.

1693 – En Angleterre, la Chambre des Lords fait brûler un pamphlet contre la trinité et, l’année suivante, poursuit en justice son auteur ainsi que l’imprimeur.

1697 – Thomas Aikenhead, étudiant de dix-huit ans accusé de nier la trinité, est pendu à Édimbourg.

1702 - Thomas Emlyn, prédicateur presbytérien anglais, publie An humble inquiry into the Scripture account of Jesus-Christ, son premier ouvrage à caractère unitarien. Emlyn rédigera pas moins de 14 textes et ouvrages défendant l'unité de Dieu et le socinianisme.

1711 – William Whiston, traducteur des œuvres de Josèphe et ami d’Isaac Newton, perd sa chaire à Cambridge pour son rejet de la Trinité.

1712 – Le théologien anglais et ami d’Isaac Newton, Samuel Clarke, publie un traité de la Trinité et provoque quelques foudres.

1754 – Parution, vingt sept ans après sa mort, du livre d’Isaac Newton An Historical Account of Two Notable Corruptions of Scripture où l’auteur oppose le grec du Nouveau Testament à la doctrine trinitaire.

1759 – Parution en Angleterre du livre Union de l’universaliste James Relly.

1768 - Le théologien et scientifique Suédois Emanuel Swedenborg est accusé de socinianisme dans son pays bien que son système soit plutôt de type modaliste.

1779 – John Murray, disciple de James Relly, occupe la chair de l’Independent Christian Church of Gloucester (Massachusetts), première Eglise universaliste organisée aux Etats-Unis.
L’universalisme n’est pas antitrinitaire mais s'associera à l'unitarisme au 20ème siècle.

1782 – Le chimiste et théologien anglais Joseph Priestley publie Une histoire des corruptions du christianisme.
L’ouvrage sera officiellement brûlé en 1785 à cause de son caractère unitarien.

1794 – Joseph Priestley émigre aux Etats-Unis.

1796 – Formation, aux Etats-Unis, de la première Eglise unitarienne à Philadelphie par Joseph Priestley.

1805 – L’unitarien américain John Sherman publie One God in One Person Only.

1811 – Extinction du socinianisme proprement dit en Prusse.

1815 – Parution de American Unitarism.

1821 – Rencontre des antitrinitaires anglais et des unitariens de Transylvanie.

1824 – L’ancien pasteur baptiste Henry Grew rédige une réfutation de la Trinité intitulée An Examination of the Divine Testimony Concerning the Character of the Son of God.

1825 – Formation des associations unitariennes en Amérique et en Angleterre.
1827 - Le prédicateur Elias Hicks fonde une branche dissidente libérale au sein du mouvement Quaker. Ils professeront une doctrine unitarienne proche du socinianisme.
1830 – Organisation officiel de l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (ou église mormone).
Joseph Smith, premier président et prophète de l’église, enseignera suite à sa vision de 1820 que le Père et le Fils sont deux êtres de chair distincts l’un de l’autre et suite à une révélation, que le Saint Esprit est une personne spirituelle.
Cette église est à considérer par conséquent comme antitrinitaire.

1831 – Le pasteur genèvois Jean-Jacques-Caton Chenevière publie un essai de 239 pages intitulé Du système théologique de la Trinité dans lequel il démontre que celle-ci est contraire à l'opinion générale de l'Église primitive, que ce système se forma graduellement, qu'il ne fut achevé qu'en 381 et qu'il est contraire à la raison ainsi qu'à l'Écriture sainte.


1844 – Début de la collaboration entre Henry Grew et l’ancien pasteur méthodiste George Storss.

1850 – L'américain John Thomas, proche de la réforme radicale et de l'adventisme, publie Elpis Israel: an exposition of the Kingdom of God with reference to the time of the end and the age to come dans lequel il développe son interprétation des principales doctrines de la Bible et notamment son rejet de la Trinité.

1853 – Alexander Hislop, pasteur de la East Free Church of Arbroath (Écosse) publie un livre intitulé Les deux Babylone dans lequel il révèle, sans toutefois la condamner, les véritables origines de la croyance trinitaire.

1857 – Henry Grew rédige Un appel aux pieux trinitaires. En Autriche on tente de faire cesser l’unitarisme.

1858 - Gilbert Cranmer fonde l'Eglise de Dieu (Septième jour), mouvement non trinitaire. Cette église n'est pas l'Eglise Adventiste du 7ème jour qui sera fondée deux ans plus tard.

v.1860 à 1879 – George Storrs publie le magazine The Bible Examiner dans lequel sera régulièrement exposé le caractère non fondé du dogme trinitaire.
1860 - Fondation de l'Eglise adventiste du 7ème jour à Washington. Cette église sera officiellement antitrinitaire jusqu'en 1931, date à laquelle la foi trinitaire sera réintroduite. Il existe cependant aujourd'hui au sein de l'adventiste sabbatique de nombreux unitariens.
1865 – Réunion par John Thomas de divers groupes associés à lui, les Croyants, les Croyants Baptisés, l’Association Royale des Croyants, les Croyants Baptisés du Royaume de Dieu, les Antipas, sous le seul nom de Christadelphes.

1870 – Création du groupe des Etudiants de la Bible d’Allegheny sous l’impulsion de Charles Taze Russell, qui deviendra plus tard l’Association internationale des étudiants de la Bible. Dès l’origine le groupe adopte les conceptions antitrinitaires de Henry Grew et d’Isaac Newton.

1873 – Le centre de l’Eglise unitarienne se déplace à Budapest (Hongrie) pour s’organiser.

1875 – Mary Baker Eddy écrit Science et santé avec la clef des Ecritures dans lequel elle compare la trinité chrétienne à un trithéisme et rejette le dogme.

1879 – Première parution du magazine chrétien antitrinitaire Zion’s Watch Tower (aujourd’hui The Watchtower) par Charles Russell. Le tirage n’a jamais été interrompu jusqu’à ce jour et atteint 26 millions d’exemplaires par an.
Fondation de l’Eglise du Christ, Scientiste à Boston par Mary Baker Eddy. Cette église est officiellement antitrinitaire.

1914 - Fondation de l'Iglesia ni Cristo (Eglise du Christ) aux Philippines par Felix Y. Manalo. Cette église rejette la Trinité et revendique environ 1 million de fidèles principalement dans son pays d'origine.

1916 – Décès de Charles Taze Russell premier président de l’Association internationale des étudiants de la Bible et de la Watchtower Society.
La même année, le Suisse Alexandre Freytag, responsable de filiale, quitte les étudiants de la Bible et fonde l’association connue aujourd’hui sous le nom des Amis de l’Homme, mouvement demeuré antitrinitaire.

1918 – Un groupe de dissidents se sépare de l’Association internationale des étudiants de la Bible représentée par Joseph Rutherford (second président).
A partir de cette date une multitude de petits groupes d'Étudiants de la Bible se formeront. Tous conserveront leurs vues non trinitaires.

1922 – Ayant quitté l’Association internationale des étudiants de la Bible, Paul Johnson, ancien pasteur luthérien d’origine juive et orateur itinérant pour l’association, créé le Mouvement missionnaire intérieur laïque, mouvement demeuré antitrinitaire.

1925 – L’historien unitarien Earl Morse Wilbur président de la Pacific Unitarian School for the Ministry (aujourd’hui Starr King School for the Ministry) publie Our Unitarian Heritage.

1931 – Les Etudiants de la Bible rattachés à la Watchtower Society prennent officiellement le nom de Témoins de Jéhovah pour établir une distinction entre eux et les autres Etudiants de la Bible restés attachés uniquement aux travaux de Charles Russell.
L'Eglise adventiste du 7ème jour renoue officiellement avec le dogme trinitaire alors que ses fondateurs l'avaient rejetés à la fondation de l'église en 1860. Il existe cependant aujourd'hui au sein de l'adventiste sabbatique de nombreux unitariens.
1931 - Herbert W. Armstrong anime la Radio Church of God (qui deviendra l'Église universelle de Dieu en 1968) diffusant des enseignements sabbatistes et anti-trinitaires pour le compte de l'Eglise de Dieu (Septième jour).
1932 – Earl Morse Wilbur traduit les deux premiers traités de Michel Servet en anglais.
1933 - La Radio Church of God commence à prendre ses distances pour des raisons d'ordre doctrinal avec l'Église de Dieu  (Septième Jour) mais celle-ci ne ne lui retirera son ministère dans l'église qu'en 1938.
1934 - Armstrong commence à éditer la revue 'La Pure Vérité'.
1938 - l'Église de Dieu (Septième Jour) retire le ministère à Armstrong.

1945 – Earl Morse Wilbur publie History of Unitarianism: Socinianism and its Antecedents.
1946 - La Radio Church of God devient indépendante et prend le statut officielle d'église.
1948 – L'Eglise Réformé de France souscrit une réserve au principe trinitaire lors de son adhésion au Conseil œcuménique des Eglises.
1952 – Earl Morse Wilbur publie History of Unitarianism: in Transylvania, England, and America.
1955 - Des mouvements internes se forment dans la Radio Church of God . Certains semblent vouloir revenir à la doctrine trinitaire.
1961 – Fusion de l’Association unitarienne américaine avec l’Eglise universaliste et formation de l’Association unitarienne-universaliste.
L’UUisme ne se déclare plus strictement chrétien ni antitrinitaire mais des associations chrétiennes unitariennes (donc antitrinitaires) existent toujours.
1968 - La Radio Church of God devient l'Église universelle de Dieu. Dès les années 70 des groupes dissidents font leurs apparitions suite à des modifications de doctrines dans l'église (Église de Dieu, Église restaurée de Dieu, Église de Dieu sabbatiste, etc.).
1986 - Mort de Herbert W. Armstrong. De nouveaux groupes dissidents apparaissent (l'Église globale de Dieu, l' Église vivante de Dieu, l' Église unie de Dieu, l' Église restaurée de Dieu, etc.)
1989 – Les Témoins de Jéhovah publient une brochure internationale intitulée Doit-on croire à la Trinité ? (Jésus Christ est-il le Dieu Tout-puissant ?)
1994 - l'Église universelle de Dieu, pourtant anti-trinitaire depuis son origine, devient officiellement trinitaire et rejoint l'association nationale évangélique.
Naissance des Eglises Chrétiennes de Dieu, église sabbatiste et anti-trinitaire dissidente de l'Église universelle de Dieu.
1999 – Le professeur de sciences politiques Richard E. Rubenstein publie When Jesus Became God dans lequel il retrace tout l’historique de la controverse arienne.


Schéma






Branche libérale - Origine commune - Branche bibliciste

Arius

Petr Chelčický
Unité des Frères moraves


Erasme


Michel Servet


Sébastien Castellion


Petite Eglise Polonaise
Lelio et Fausto Socini

Ferencz David
Eglise Unitarienne de Transylvanie

John Biddle

Isaac Newton




James Relly - universalisme

John Murray
Première Eglise universaliste
organisée (Etats-Unis)

Joseph Priestley
Première église unitarienne
à Londres puis à
Philadelphie (Etats-Unis)



Henry Grew

George Storrs

Charles Taze Russell
Etudiants de la Bible d’Allegheny

Mouvement Missionnaire Intérieur Laïque


(et autres Etudiants de la Bible « russellistes »)



Amis de l’Homme


Témoins de Jéhovah



Earl Morse Wilbur

Unitarisme-Universalisme


*Voir mon article "Isaïe 9:6 - Qui est quoi ? " ici : http://alephetomega.blogspot.com/2011/04/isaie-96-qui-est-quoi.html